Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/317

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de cérémonial, et tout exprès pour lui faire décrocher la timbale d’une Toison d’or et d’une grandesse ! Saint-Simon était parfaitement dispensé de reconnaissance envers Dubois, malgré son luxe hypocrite de reconnaissance. Ah ! il faut chercher et trouver la raison de cela ! On ne peut pas être dupe d’une pareille comédie, si c’est une comédie. Edouard Drumont le sait bien, et il me fait l’effet d’être un peu embarrassé dans son Introduction ; car la chose est obscure et difficile. Assurément Saint-Simon, le grand écrivain, connaissait la valeur des mots. Saint-Simon, le moraliste et l’observateur, connaissait la valeur des hommes, et sa fierté, à cet homme si fier, on pouvait croire que c’était son génie ! Il devait donc savoir ce qu’il faisait quand il parlait en ses dépêches comme il y parlait à Dubois ! Je n’ignore pas, moi, il est vrai, que dans Dubois il y avait aussi deux hommes, plus certains tous deux que ces deux-là que l’on croit voir dans Saint-Simon et qui n’y sont pas ! Il y avait le hardi faquin, le coquin héroïque, qui, avant d’être prêtre, n’eut que la seule qualité d’être brave au feu du canon comme il l’était au feu des filles ; mais prêtre et cardinal, et cardinal pour son argent, pour que cela fût plus miraculeux, le faquin et le coquin disparurent, et le ministre qui se mit alors à pousser sous cette majestueuse barrette que Richelieu avait portée, le ministre aurait été grand, s’il avait vécu, — si la mort n’avait coupé l’herbe sous le pied à sa gloire naissante,