Page:Barbey d’Aurevilly - Les Bas-bleus, 1878.djvu/66

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élevée à l’ombre de ce cap Misène, peint par Gérard, qui, alors, projetait sa cime lumineuse sur toutes les imaginations.

Ces hasards de naissance et de destinée, qui sont pour les uns une étoile qui les quide, et pour les autres l’ironique feu-follet qui doit les égarer, durent impressionner profondément cette imagination de poëte, qui n’a pas besoin que les choses prennent la peine de la grandir pour ne pouvoir se mesurer… C’était là, jusqu’au moment des Lettres parisiennes ce que Mlle Gay et Mme de Girardin avaient oublié. Elles ne s’étaient pas mesurées, et la femme s’était exagérée comme la jeune fille.

Disons le mot : malgré une émotion, quelquefois trèséloquente et une émotion quelquefois très-sincère, Mme de Girardin était affectée. Elle était affectée comme lord Byron qui, lui aussi, était affecté : mais elle n’avait pas le talent de lord Byron… Parce qu’elle était belle, c’est la vérité ! comme une Walkyrie, elle croyait sérieusement marcher sur le nuage, quand, dans ses Lettres parisiennes elle abdiqua tout à coup le nuage pour le chêne feuilleté du salon.

Ce fut là un étonnement, sans doute, mais ce ne fut point une stupéfaction. Ne savait-on pas bien, — ceux qui personnellement la connaissaient, — qu’elle était une de Staël encore pour la causerie ; chercheuse d’idéal et trouveuse d’esprit, et qu’elle avait des mots à son service qui n’étaient ni lyriques, ni élégiaques, mais piquants. Seulement, si la spontanéité de ses facultés passait bien souvent par-dessus les faux cadres dans lesquels posait sa pensée, nul ne put croire tout d’abord que, la plume à la main, cette Belle Impétueuse, qui se faisait un peu trop de rayons autour de la tête avec ses longs tire-bouchons d’or, pût se maintenir, comme en ces Lettres parisiennes, femme du monde spirituelle, moqueuse et adorablement frivole, dans cette simplicité qui devait être une compression, et que nous avons