Page:Barbey d’Aurevilly - Les Bas-bleus, 1878.djvu/69

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Autrichien ! Comme il eût compris qu’elle aimât la beauté, mais bien plus encore la parure ! Comme il eût partagé, pour les rubans, son goût idolâtre, car jamais nulle femme n’eut l’amour et la science des rubans autant que Mme de Girardin, et c’est sa gloire, une gloire qui ressemble à un arc-en-ciel ! Ah ! nous sommes bien loin du bleuisme ! Nous voilà loin de la littérature ! Nous sommes en pleine femme naturelle et mondaine, en pleine femme vraie, en plein génie de légèreté, en pleine légèreté de génie ; de ce génie qui nous donne, par exemple, la sublime lettre sur la robe à huit volants, que j’aime mieux, pour ma part, que tous les tricots, compliqués et savants, des pages les plus citées, en littérature !

Malheureusement elle y rentre parfois, — dans la littérature, — et c’est la seule critique qu’il y ait à faire de ces Lettres parisiennes, dans lesquelles cependant, il faut bien en convenir, elle l’a tant oubliée ! Nous l’avons dit déjà, — ici et là, mais trop souvent toujours, pour l’unité de sa grâce et la virginité de son charme, la femme du monde a des distractions, en ces Lettres parisiennes, et redevient, pour un moment, la femme de lettres, en attendant une autre distraction qui nous venge et nous dédommage ! Alors la toute petite tache d’encre des anciens jours, indélébile aussi à tous les parfums de l’Arabie reparaît sur ces mains purifiées d’Yseult aux blanches mains, et nous en ternit la splendeur. C’est la seule chose qui, selon nous, soit à regretter, dans ces deux volumes où les chiffons sont les choses sérieuses, et les choses sérieuses des chiffons, et qui, miracle de légèreté, de grâce gaie et d’aisance souveraine, nous font l’effet d’être le chef-d’œuvre de Mme de Girardin. Du reste, qui sait ? pour que l’impression d’un chef-d’œuvre soit plus profonde, peut-être faut-il que cette impression soit accompagnée d’un regret ?…