Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/141

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pour les rendre arides. Fruits sans saveur, sans couleur, sans parfum ! Je ne connais rien de plus pénible, de plus tourmenté, de plus avorté, de plus sec, de plus nain que ces poésies où le parti pris fait saillie jusqu’à frapper les yeux les moins intelligents. J’ai parlé déjà de l’influence des littératures étrangères sur l’inspiration du lettré qui, en M. Sainte-Beuve, s’est substitué graduellement au poète. Mais les Pensées d’août attestent plus vivement que jamais cette influence mortelle a toute vie propre et à toute personnalité.

Dans Les Consolations, M. Sainte-Beuve a fait du saint Augustin étendu dans du Lamartine ; dans les Pensées d’août, il fait du Goldsmith, du Gray et du Crabbe, mais il ne les a pas étendus, eux ! Il les a ratatinés et durcis. Qui ne se rappelle le poème de Monsieur Jean, ce modèle de naïf travaillé et… constipé, aurait dit Montaigne ? … La langue n’est plus là qu’une contraction de syllabes heurtées et de rhythme blessant, un cailloutis de mots sans rondeur et sans transparence ! La langue, en effet, est ce qui a subi, dans les Pensées d’août, le plus de déchets effroyables. On y trouve une quantité de vers dans le genre de ceux-ci :

Très-doux entre les doux et les humbles de race,

Il n’a garde de plus, ne prévaut sur pas un.

Puis encore, genre de patois inimitable :

O vous qui vous portez entre tous gens de cœur,

Qui l’êtes, non pas seuls, et qui d’un air vainqueur