Page:Barbey d’Aurevilly - Les Poètes, 1862.djvu/339

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— résignation plutôt, chose que je ne vanterai jamais assez, tant elle est rare, et dont le poète est doué en M. de Châtillon, comme s’il avait été élevé auprès du rouet de quelque bienfaisante Fée pauvre !

Et il l’a été en effet, pour penser, ce fils d’hommes armés, avec ce désarmement de pensées :

Je ne demande rien en somme,

Ne flattant pas, on le sait bien…

Ma route est solitaire comme

La route où l’on ne gagne rien !

………………………………..

Et philosophe par contrainte,

Ne trouvant pas le monde laid,

Je n’y veux rien changer, de crainte

De le faire moins bien qu’il n’est !

Oui, telle est la corde vraiment humble trouvée par M. de Châtillon, et trouvée par le fait d’un naturel charmant, car M. de Châtillon n’est pas religieux, et c’est un reproche à lui faire, à ce sceptique des temps actuels qui a ajouté cette pauvreté à l’autre pauvreté, bien plus intéressante. Sa résignation n’a pas la beauté sévère d’une vertu, mais la grâce d’une amabilité :

Madame la Providence, Hélas !

Je n’ai pas de chance.

Si j’avais une maison, Si j’avais une chaumière

Sur les bords du lac d’Enghien,

Un chalet, couvert de lierre,

Je m’en contenterais bien.

Cette idée d’une maison qu’il n’a pas, ce poète de si grande maison, revient sans cesse dans les vers de