Page:Barbey d’Aurevilly - Premier Memorandum, 1900.djvu/8

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Depuis mon dernier journal que j’écrivais en voyageant, il y a un an à pareille heure, qu’est-ce que j’ai fait et que suis-je devenu ? Si j’avais écrit l’emploi de mes jours et les deux ou trois événements qui sont déjà un passé furieusement enfoncé dans le gouffre des choses, et ce que ces événements ont produit en moi ou m’ont arraché, ce serait une assez longue et triste histoire dont je ne conseillerais la lecture à personne, pas même à moi maintenant. Il est des ruines que personne ne voit achever de tomber, des chutes silencieuses. Ce n’est que longtemps après qu’on s’aperçoit qu’il n’y a plus rien où il y avait une existence et que le vide a englouti les atomes du dernier débris.

Mais je mets le silence, cette singerie impuissante de l’oubli, entre moi et le passé de ces derniers temps, et je me prends d’aujourd’hui même et du pied de la date de ce journal.

Éveillé à 8 heures. — Lu le journal. — Pas de lettres. — Levé. — Cacheté une lettre à A... que j’avais écrite hier, la nuit, de peur de l’avoir à écrire aujourd’hui qui est le 13 du mois. Je suis superstitieux en diable et ne veux pas me brouiller avec elle. Ce jour pouvait influer sur nos sentiments à l’un et à l’autre, et d’une manière funeste ; et quoique je n’en fusse nullement certain, j’ai pourtant sacrifié à mon doute. Te