Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/109

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Sombreval, l’offensaient comme si, dans son âme, il les avait épousés, elle et son père, et qu’il fût solidaire du mépris qu’on versait sur eux.

Quel éclair projeté tout à coup dans cette âme qui s’était précipitée vers Calixte avec l’aveuglement et la rapidité d’un tourbillon ! Le fermier, occupé à fouetter ses bœufs, ne s’apercevait pas que Néel baissait une tête humiliée sous sa pensée, comme eux sous leur joug ; Néel, le jeune taureau, comme il venait de l’appeler ! Lorsque l’imagination est vierge et qu’elle est attirée par un être incomparable à tout ce qu’on rencontra jamais, les troubles se joignent à l’ignorance pour vous abuser, et l’on aime sans savoir comme on aime.

Jusque-là, Néel avait senti son amour pour Calixte sans le voir. Maintenant il le voyait. Il le discernait clairement dans son âme et ses rêves, — comme on voit les formes précises d’une peau de tigre dormant dans les jungles. Découverte terrible ! menace inquiétante pour l’avenir, que cet amour qui ne pouvait être qu’une source infinie de malheurs… Mais comprenez bien ce caractère ! La crânerie de cœur de Néel de Néhou équivalait à la crânerie de sa tête. En audace, il était complet. C’était une de ces natures qui oublient les lois du monde, même ses lois physiques, dans le ver-