Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/134

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ceau de guenilles, que le premier vent, qui se mettrait à souffler, emporterait. Quand elle était debout, sa taille était courbée comme une faucille, et le temps, qui bouffonne avec ses ravages et nos infirmités, avait pris plaisir à la tordre en un Z bizarre. Elle était si déjetée que, sans sa béquille, elle aurait pu choir en avant et se serait brisé le visage.

Caché d’ordinaire par l’inclinaison de son corps, redressé et tiré en arrière par la pesanteur du bissac, ce visage devenu hideux se voyait en plein, dévoré par ce soleil féroce qui le mordait, comme un chien enragé, qui passe, mord dans un tas d’os, au bord d’un chemin ! Ruisselante, gonflée, luisante, prête à se fendre sous l’action de l’horrible infiltration sanguine qui y ramenait pour un instant les forces de la vie exaspérée, on n’aurait guère reconnu dans cette face, tuméfiée et violâtre, la pelote de rides et les chairs terreuses qui avaient d’habitude la couleur grise et les plis d’une pomme de reinette, oubliée pendant des années sur la planche pourrie d’un fruitier. Cette femme, ou plutôt ce reste de femme allait-il mourir sur cette butte ? Elle soufflait comme une cornemuse. Était-ce le râle de l’agonie ? Ses yeux, injectés et déjà blancs, avaient la stupidité d’un être désorganisé, près de se dissoudre.