Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/178

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nagère qui a dévidé tout son peloton de soie éclatante, ramassait autour de son disque ses rayons épars dans l’étendue, et son dernier fil d’or, qui allait aussi disparaître, ne tremblait plus nulle part que sur le toit bleu du Quesnay et les grêles profils de ses girouettes. C’est alors que Néel aperçut le dos tourné de la vieille femme. Elle marchait comme elle marchait toujours, d’un pas lent, mais ferme, et elle allait quitter la route pour entrer à gauche dans un petit landage qu’on appelait la lande du Hecquet.

Le jeune homme, qui voulait la surprendre, la dépassa, — puis se retourna brusquement, quand il l’eut dépassée : mais rien dans l’impassible physionomie de la vieille errante ne lui fit croire qu’elle l’avait entendu venir ou qu’elle l’apercevait près d’elle… Était-elle retirée dans quelque vision intérieure ? Elle avait les yeux baissés comme ceux qui regardent en eux-mêmes ou dans le passé, — ces deux gouffres noirs sur lesquels nous nous penchons vainement pour ressaisir les rêves de la vie.

Le soleil, de niveau avec le sol, lui envoyait de l’autre bout de cette lande indigente ses derniers feux en plein visage, et l’empêchait peut-être ainsi de relever ses yeux fermés par le poids de sa propre pensée encore plus que par les rayons de l’astre mourant. Un étranger