Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/187

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de Néel et fit briller ses yeux d’incrédulité.

— Je savais bien que vous ne me croiriez pas longtemps, dit en reprenant sa route cette nouvelle et rustique Cassandre, à qui devait toujours manquer un Homère. Mais qu’importe ! La vieille corneille qui pronostique la mort sur les clochers des cimetières se soucie peu de n’être pas écoutée des hommes et de croasser pour le vent !

Elle continuait de marcher, mais, tout en marchant, elle baissa la voix et ses paroles cessèrent d’être intelligibles. Autour d’eux, tout commençait à brunir… Les nuages enflammés du couchant s’étaient éteints peu à peu, et il n’y avait plus de rouge sous le ciel que la terre d’ocre de la lande où ils passaient et où l’herbe était aussi rare que les cheveux sur la tête d’un enfant teigneux de ces parages. Le brouillard commençait de monter du fond de la vallée avec la chanson triste et monotone des raines de l’étang.

Tout à coup une petite élévation, une espèce de renflement dans le sol arrêta les pas de la Malgaigne, qui le toucha de son long bâton :

Celui qui est là — dit-elle — était comme vous, monsieur Néel, et comme Sombreval. Lui aussi hochait la tête avec arrogance et ne voulait pas croire ; mais, quand la chose avint, la foi lui poussa plus vite que les ongles ne lui