Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/299

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ces lacs d’amour tracés par son briska dans cette poussière, il monta le plateau de la lande qui dominait le Quesnay, c’était le moment de la matinée où Calixte venait d’ouvrir sa fenêtre et regardait dans la campagne… Son père placé près d’elle vit le premier, de cet œil pour lequel il n’y avait pas de distance, la voiture lancée, et il reconnut Néel. Mais il ne voulut pas effrayer Calixte :

— Voilà Néel qui vient au Quesnay d’un train terriblement rapide, dit-il froidement. On dirait qu’il ne peut plus gouverner ses chevaux. Ils auront eu peur et ils ont pris le mors aux dents. Rentre, mon enfant : moi je vais descendre. J’ai le bras bon. Avant qu’ils ne soient à la barrière contre laquelle ils peuvent se heurter, je les aurai arrêtés.

Une pâleur affreuse sembla s’incruster dans la pâleur habituelle de Calixte, puis elle devint du ton de feu de son bandeau et repâlit horriblement encore… Ce fut rapide comme la pensée.

— Oh ! père, dit-elle, j’ai de votre courage. Allez et descendez bien vite ! Il peut se briser, sauvez-le !

Toujours et à propos de tout, elle invoquait son père. Elle croyait à sa force comme à Dieu. Elle avait peur pour Néel ; elle n’avait pas peur pour son père, du moins dans ce monde :