Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/31

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où il n’aurait jamais dû reparaître, n’importe où il voulût habiter dans ce coin de basse Normandie, que ce fût au Lude, à Néhou ou à Sainte-Colombe, partout, les hommes, les châteaux, les pierres même des châteaux environnants se reculeraient de lui et le laisseraient dans une solitude pire que celle du lépreux au Moyen Âge, quand tout, jusqu’à la maladrerie, lui manquait.

En effet, pour ce coin de pays d’où la religion n’était pas déracinée encore (songez que je vous parle d’il y a plus de quarante ans !), cet inconnu, qui n’en était plus un pour maître Tizonnet, était plus criminel et plus odieux que l’assassin, — que le bandit qui a tué un homme. Lui, il avait TUÉ DIEU, autant que l’homme, cette méchante petite bête de deux jours, peut tuer l’Éternel, — en le reniant ! C’était un ancien prêtre, — un prêtre marié !

Il s’appelait Sombreval. — Jean Gourgue, dit Sombreval, du nom d’un petit clos qui avait appartenu à son père, un paysan de la vieille roche, mort de la conduite de son fils. Ce paysan, qui avait eu quinze enfants, beaux comme des Absalon et forts comme des Goliath, et qui en avait perdu quatorze, les uns après les autres, ce qu’il appelait dans sa langue maternelle et poignante : « ses quatorze coups de couteau », ne put sauver que le trei-