Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/344

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sa poche. Mais ce fut de la part de la grande Malgaigne, qui s’était tue jusque-là.

— Pardonnez-moi, monsieur le curé, — dit-elle enfin. Vous savez mon respect pour vous et ma confiance dans la prière, mais Sombreval ne se convertira jamais. Mes Voix me disent qu’il est damné !

— Quelles voix ? dit Bernard de Lieusaint.

— Les Voix que j’entends quand je marche seule, le long des chênaies, en m’en revenant de l’ouvrage, — répondit la grande fileuse. Depuis plus de vingt ans que je les entends et qu’elles m’avertissent, elles ne m’ont jamais abusée. Sombreval est perdu !

Elle dit cela avec un accent si convaincu et en même temps si triste, que l’abbé Méautis crut de son devoir de réagir contre une impression qu’elle lui faisait partager peut-être et qui inquiétait sa charité.

— Vous qui êtes une chrétienne et même une bonne chrétienne, la Malgaigne, — fit-il avec une sévérité pleine d’onction encore, — comment osez-vous préjuger les jugements de Dieu sur une âme à qui, dans sa miséricorde, il a laissé la liberté de se repentir ?…

Mais elle n’écouta ni n’entendit l’objection du prêtre, et suivant sa pensée :

— Ah ! cela m’a fait assez de peine, s’écria-t-elle, cela m’est un assez dur crève-cœur que