Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/195

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muse. Sans ça pour faire t’nir les bertelles au froc, c’est pas vrai.

— Moi, dit Blaire, j’ai toujours dans la poche, pour être à portée de ma main, ma trousse à bagues.

Il la sort, enveloppée dans un sachet à masque, et il la secoue. Le tiers-point et la lime sonnent, et on entend aussi le cliquetis des anneaux bruts d’aluminium.

— Moi j’ai toujours de la ficelle, c’est ça qu’est utile ! dit Biquet.

— Pas tant que des clous, dit Pépin, et il en fait voir trois dans sa main : un gros, un petit et un moyen.

Un à un, les autres viennent participer à la conversation, tout en bricolant. On s’habitue à la demi-obscurité. Mais le caporal Salavert qui a la juste réputation de n’être pas bête de ses mains, adapte une bougie dans la suspension qu’il a fabriquée avec une boîte de camembert et du fil de fer. On allume, et autour de ce lustre chacun raconte avec des partialités et des préférences de mère ce qu’il a dans ses poches.

— D’abord, combien en a-t-on ?

— D’poches ? Dix-huit, dit quelqu’un, qui est naturellement Cocon, l’homme-chiffre.

— Dix-huit poches ! Tu charries, nez d’rat, fait le gros Lamuse.

— Parfaitement : dix-huit, réplique Cocon. Compte-les, si t’es si malin qu’ça.

Lamuse veut se faire une raison là-dessus, et, plaçant ses deux mains près du lumignon pour compter plus juste, il énumère sur ses gros doigts de brique poussiéreuse : deux poches dans la capote derrière qui pendent, la poche à paquet à pansement qui sert pour le tabac, deux à l’intérieur de la capote, devant ; les deux poches extérieures de chaque côté avec patte. Trois dans le pantalon et même trois et demi, parce qu’il y a la pochette de devant.

— J’y mets une boussole, dit Farfadet.

— Moi, mon rabiot d’amadou.