Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/335

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ment irrémissible, celle-là – qu’il y a parmi la foule d’un pays, entre ceux qui profitent et ceux qui peinent… ceux à qui on a demandé de tout sacrifier, tout, qui apportent jusqu’au bout leur nombre, leur force, et leur martyre, et sur lesquels marchent, avancent, sourient et réussissent les autres.

Quelques vêtements de deuil font tache dans la masse et communient avec nous, mais le reste est en fête, non en deuil.

— Y a pas un seul pays, c’est pas vrai, dit tout à coup Volpatte avec une précision singulière. Y en a deux. J’dis qu’on est séparés en deux pays étrangers : l’avant, tout là-bas, où il y a trop de malheureux, et l’arrière, ici, où il y a trop d’heureux.

— Que veux-tu ! ça sert… L’en faut… C’est l’fond… Après…

— Oui, j’sais bien, mais tout d’même, tout d’même, y en a trop, et pis i’s sont trop heureux, et pis c’est toujours les mêmes, et pis y a pas d’raison…

— Que veux-tu ! dit Tirette.

— Tant pis ! ajoute Blaire, plus simplement encore.

— Dans huit jours on s’ra p’t’êt’ crevés ! se contente de répéter Volpatte, tandis qu’on s’en va, tête basse.