Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/385

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mais aussi y bâtit un recommencement de force et de courage.

— Assez parlé des autres, commanda l’un d’eux. Tant pis pour les autres !… Nous ! Nous tous !…

L’entente des démocraties, l’entente des immensités, la levée du peuple du monde, la foi brutalement simple… Tout le reste, tout le reste, dans le passé, le présent et l’avenir, est absolument indifférent.

Et un soldat ose ajouter cette phrase, qu’il commence pourtant à voix presque basse :

— Si la guerre actuelle a fait avancer le progrès d’un pas, ses malheurs et ses tueries compteront pour peu.

Et tandis que nous nous apprêtons à rejoindre les autres, pour recommencer la guerre, le ciel noir, bouché d’orage, s’ouvre doucement au-dessus de nos têtes. Entre deux masses de nuées ténébreuses, un éclair tranquille en sort, et cette ligne de lumière, si resserrée, si endeuillée, si pauvre, qu’elle a l’air pensante, apporte tout de même la preuve que le soleil existe.

Décembre 1915.