Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/99

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VI

HABITUDES


Nous trônons dans la basse-cour.

La grosse poule, blanche comme le fromage à la crème, couve dans un fond de panier, près de la cabane dont le locataire enfermé farfouille. Mais la poule noire circule. Elle dresse et rentre, par saccades, son cou élastique, s’avance à grands pas maniérés ; on entrevoit son profil où cligne une paillette, et sa parole semble produite par un ressort métallique. Elle va, chatoyante de reflets noirs et lustrés, comme une coiffure de gitane, et, en marchant, elle déploie çà et là sur le sol une vague traîne de poussins.

Ces légères petites sphères jaunes, sur qui l’instinct souffle et qu’il fait refluer toutes, se précipitent sous ses pas par courts crochets rapides, et picorent. La traîne reste accrochée : deux poussins, dans le tas, sont immobiles et pensifs, inattentifs aux déclics de la voix maternelle.

— C’est mauvais signe, dit Paradis. Le poulet qui réfléchit est malade.

Et Paradis décroise et recroise ses jambes.

À côté, sur le banc, Volpatte allonge les siennes, émet un grand bâillement qu’il fait durer paisiblement et il