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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/246

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s’enivre, fait scandale ; il ne lui reste plus qu’à fuir et à se cacher. De retour chez lui, il écrit aux amis de Washington : « Je suis arrivé tout à fait dégrisé… je suis seul à blâmer… Merci mille fois, mon cher, de votre bonté et de votre grande indulgence, et ne soufflez mot à personne du manteau mis à l’envers, ni des autres peccadilles du même genre. Exprimez à votre femme mes profonds regrets pour la contrariété que je dois lui avoir causée… Ce qui suit est pour Thomas. Mon cher ami, pardonnez-moi ma vivacité, et n’allez pas croire que je pensais tout ce que je disais. Croyez que je vous suis très reconnaissant de toutes vos attentions et indulgences, et que je ne les oublierai jamais, non plus que vous… Veuillez exprimer mes regrets à M. Fuller pour m’être conduit dans sa maison comme un animal, et dites-lui (si vous le croyez nécessaire) que son excellent porto ne m’aurait pas grisé la moitié autant, sans le café au rhum qu’il m’a fallu avaler par-dessus. »

Qu’on ne s’y méprenne point ; c’est un cœur navré qui parle. Edgar Poe eut la pleine, la torturante conscience de sa dégradation, et jamais ne s’y habitua. Il l’a dépeinte en termes flamboyants dans une pièce de vers, le Palais hanté, qui symbolise le changement apporté dans son âme, et aussi dans sa physionomie, par les ravages de l’alcool :

« Dans la plus verte de nos vallées, où n’habitent que de bons anges, un vaste et beau palais dressait jadis son front. C’était dans les États du monarque Pensée, c’était là qu’il s’élevait. Jamais séraphin ne déploya ses ailes sur un édifice à moitié aussi splendide.

« Des bannières éclatantes, jaunes comme l’or, flottaient et ondoyaient sur le faîte. (Cela, tout cela, c’était