Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/100

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sur la basse qualité des recrues du prophète. Le prêtre lorrain, si supérieur lui-même par certains côtés, ne put pas supporter ce nouvel indice de la désillusion qui l’attendait. Il se leva de table sans achever son dîner.

La chambre où il remonta s’enfermer lui sembla encore plus funèbre. Il se coucha sans lumière, comme si les ténèbres eussent dû l’empêcher de distinguer les ruines de son espérance écroulée.

— Je retournerai demain à Sion sans l’avoir vu, se dit-il. Ça n’était pas la réponse de Dieu.

Telle était la fatigue de son long voyage qu’il s’endormit, malgré le trouble extrême de sa pensée, de ce sommeil obscur de la bête recrue, où il n’y a plus place même pour le rêve.

À son réveil, le ciel était tout bleu. La vivifiante fraîcheur d’un matin d’été en Normandie entra dans tout son être, une fois la croisée ouverte, avec la brise où il flottait, comme partout là-bas, un peu d’air de mer. Ces climats voisins de l’Océan ont une action mystérieuse sur les nerfs des terriens du Centre et de l’Est, qui n’ont jamais respiré que l’atmosphère des montagnes et des bois. Eh ! bien, non, songea soudain Léopold, il ne