Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/135

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— Je serai peut-être le seul prêtre ici aujourd’hui, et si je ne suis pas le seul, nous serons bien peu nombreux parmi nos confrères. Soyez prudent, Léopold ; vous ne savez pas ce qui vous menace : Monseigneur est de nouveau exaspéré contre vous. Il a su votre séjour à Tilly. L’évêque de Bayeux lui en a écrit, averti par un chanoine avec qui vous avez voyagé. Est-ce vrai ? Vous voyez que notre évêque est bien renseigné. Que la cérémonie, aujourd’hui, soit comme toutes les autres ; qu’il n’y ait rien à y reprendre ; qu’il ne s’y passe rien que l’on puisse rapporter là-bas contre vous. Ne parlez pas surtout, c’est votre frère qui vous en supplie.

— Vous avez donc oublié, Magron, cette phrase que nous admirions tant au séminaire : « Le silence est le plus grand des supplices : jamais les saints ne se sont tus. »

— Et vous, Léopold, vous oubliez le grand mot de saint Paul que nous admirions également : « Étant lié, je suis libre. »

Mais déjà Léopold, hautain et résolu, allait à d’autres arrivants.

Deux ou trois cents personnes au plus étaient venues des villages voisins ou des petites villes, de Vézelise, de Bayon, même de Charmes et de Mirecourt. Au pied de la côte