Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/163

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temple et non pas immense, un temple domestique, familier, où les villages étaient autant de petits autels, les travaux des champs une suite de cérémonies pieuses, et la faible rumeur des bêtes et des gens une large action de grâces.

Sœur Thérèse ne pouvait se retrouver en pleine campagne, au milieu du décor et des soins agricoles, sans être envahie par les souvenirs de son enfance de bergère. Elle se rappelait le temps où, petite fille et gardant avec une branche effeuillée à la main ses vaches sur la prairie, elle chantait ses premières chansons. Léopold l’avait initiée à de plus mystérieuses effusions. Elle était bien convaincue aujourd’hui qu’il n’est pas indifférent de chanter telle ou telle parole, et si elle jetait dans les airs les louanges de la Vierge et les magiques syllabes de Sion, c’est qu’elle voulait s’envelopper, créer autour d’elle une zone de protection. Croyance vague et profonde. Les trois filles s’avançaient dans une colonne divine ; leur allégresse soulevait leur marche. Elles devaient aux voyages, à l’habitude des sollicitations et des remerciements une souplesse, une aisance rare chez les villageoises. La mâchoire serrée d’un bandeau, heureuse de n’avoir plus mal, associée