Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/165

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prairies où sèchent les regains, les bons chevaux paisibles qui ramènent les voitures chargées de récoltes, et les grands sacs de pommes de terre qui s’alignent debout le long des champs. Avant de quitter leur travail, arracheurs et arracheuses font des tas avec les fanes, y mettent le feu, et ces brasiers solitaires achèvent de brûler quand la nuit est déjà tombée sur la campagne. C’est la tristesse d’une fin de journée où déjà perce l’hiver. Mais devant elles, la colline semble si ferme et assurée des faveurs du ciel vers lequel elle se soulève ! Parfois, une nuée lumineuse vient l’envelopper, la baigner de jeunesse, comme un signe de la complaisance divine. Sur leur beau couvent veille une influence surnaturelle.

Du haut de la terrasse, Léopold guettait leur retour. Il leur ménageait une surprise, et se réjouissait de les voir venir dans le lointain. En dépit de la nuit, maintenant qu’elles s’étaient engagées à la file dans l’étroit sentier, à travers les broussailles des pentes, il devinait à sa légèreté sœur Thérèse qui marchait en avant, et il s’attendrissait qu’une si longue course n’eût pas alourdi sa grâce. Avec son éternelle manie de se retrouver dans les grands saints du passé, il se disait : « Saint