Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/176

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faibles rayons d’un soleil qui s’incline ? Est-ce une île nouvelle qui monte à la surface et que le vaste flot de l’église officielle ne parviendra pas à submerger ? De toutes parts on se le demande…

Le 11 novembre 1850, jour de la fête de saint Martin, un religieux de l’ordre des Oblats de Marie, le Révérend Père Aubry, gravissait à pied la sainte colline. Le curé de Chaouilley le guide ; un paysan porte sa mince valise. C’est le nouveau curé, un jeune homme de vingt-quatre ans, choisi, délégué par Monseigneur de Nancy. « Je te donne, lui a dit l’évêque, les âmes de Sion et de Saxon. À toi de les arracher aux démons. Va reconstruire là-haut l’édifice de la vraie foi, et fonde ton action sur la parole inébranlable de saint Bernard : Melius est ut pereat unus quam unitas. »

Ce jour-là, sous le porche de Sion, un béquillard attendait fortune. En voyant s’avancer les deux prêtres, il se hâta vers eux, mais soudain, frappé d’un mal inconnu, il s’affaissa dans les bras de l’Oblat, qui eut tout juste le temps de l’aider à bien mourir.

Le jeune prêtre fit un rapprochement entre cette charité qu’il lui était permis d’accomplir et la légende du saint que l’on fêtait ce jour-là.