Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/239

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plies d’ouvriers qui regardaient, entendaient et riaient. Les trois Pontifes n’opposaient qu’un silence majestueux à toute cette audace. Enfin, au bout de deux heures, les filles se retirèrent, sauf trois, et ces trois étaient de celles à qui le Pontife d’Adoration avait fait faire la première communion, l’année précédente, après leur avoir donné des soins sans pareils. Ces ingrates dépassèrent en insolence toutes les autres, mais c’était à Thérèse qu’elles en voulaient surtout. Elles la montraient du doigt, assise sur l’herbe entre les Pontifes, avec sa robe de religieuse gracieusement étalée. Et sa figure délicate, plus triste et toute fanée, ne les attendrissait pas :

— Voyez la belle prophétesse ! C’est à hausser les épaules de pitié ! Dites, monsieur le Supérieur, c’est donc elle qui nous fera voir cette incarnation que vous nous promettez ?

Elles parlaient ainsi par allusion aux bruits répandus sur la vie déréglée que l’on menait au couvent. Elles criaient encore :

— Ohé ! la mère du Saint-Esprit !

Thérèse tremblait de colère. Mais cette irritation céda bientôt pour faire place à un frémissement mystérieux. Une vague et terrible sensation la traversa. Pour la première fois,