Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/241

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— Eh ! disait la bonne sœur Marthe, y pensez-vous ! Travailler demain, c’est le dimanche des Rameaux !

— Ma sœur, dit Quirin, Léopold donne à tous et à toutes une dispense.

Le sommeil de Léopold fut traversé de pénibles insomnies. Pour se donner du cœur, il respira à plusieurs reprises le délicieux parfum qu’exhalait son hostie pontificale. Cette nuit-là, il en sortait une odeur d’encens extraordinaire, l’odeur même que l’on respire au sanctuaire de Tilly, les jours de fête, une odeur suave et pénétrante, qui ne pouvait être comparée qu’à celle de cette huile de nard d’un grand prix que Marie-Madeleine en cette même veille de Pâques fleuries, répandit aux pieds du Sauveur.

Ces sensations miraculeuses et l’approche du danger eurent pour effet d’exalter chez Léopold le sentiment de la personnalité. Son esprit échauffé fit une construction singulière : il se persuada que la Semaine Sainte qui s’ouvrait allait reproduire pour lui, sur cette montagne, au milieu de paysans ingrats, tout ce que le Christ avait souffert, en Judée, d’une foule ameutée par les princes des prêtres et les pharisiens, imagination qui n’a rien pour surprendre, chez un homme dont