Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/341

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symphonique. Le pontife franchit les degrés sur l’échelle invisible, et de motif en motif s’élève au monde des esprits. Nous ne rencontrons plus de fées au bord des fontaines, ni de fantômes sur les cimetières ; pourtant ces esprits flottent toujours sur leurs domaines, et nous les verrions encore si notre âme avait reçu l’éducation appropriée. Pour Léopold Baillard, au centre du mystérieux univers, la colline est peuplée d’êtres surnaturels. Il les appelle les anges. Il perçoit leurs présences invisibles à la traversée du bois de Plaimont, ou s’il respire la fraîcheur des trois sources. Et quand du fond de son âme s’élèvent des rêveries non influencées par sa raison, il ne doute pas que ce ne soient les voix des messagers aériens, avant-coureurs de l’armée réunie pour la délivrance prochaine. Voilà ses vengeurs qui s’assemblent. Le visionnaire assiste à la mobilisation de ses alliés célestes. Il contemple les phalanges divines, il assiste au conseil des chefs, il glorifie les ordres de Dieu.

Et le soir, après ces grandes randonnées, Léopold, de retour chez lui et attablé devant une table pauvrement servie, raconte son après-midi, passée au milieu des cohortes angéliques, avec des détails tout plats et un accent patois,