Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/345

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dit, toujours marqué pour le service divin, ramassait les épis dédaignés.

Léopold aimait prier auprès des sources. Ces eaux rapides, confiantes, indifférentes à leur souillure prochaine, cette vie de l’eau dans la plus complète liberté le justifiait de s’être libéré de tout bien dogmatique. C’est un miroir des cieux. Qu’en va-t-il devenir ? Elles jaillissent et d’un bond réalisent toute leur perfection. À deux pas, elles se perdent. Il songeait à Thérèse, il songeait à ces vies trop parfaites qui se corrompent sitôt qu’elles sont sorties de l’ombre. De ces eaux courantes mêlées à ses pensées hérésiarques et à ses souvenirs, Léopold faisait spontanément des prières. Peu à peu, il se donna mission de bénir et d’absoudre les réprouvés qui reposaient dans les champs mortuaires des lieux sur son passage. Il rejoignit au fond des ténèbres les ombres de ceux qui naquirent trop tôt pour connaître Vintras et recevoir sa consolation. Souvent, il lui arrivait de chercher les vestiges des maladreries et de rêver indéfiniment sur les villages où furent allumés le plus de bûchers. Son erreur s’épanouissait dans cette compagnie imaginaire des lépreux et des sorciers. C’était une armée invisible qu’il levait. Il recrutait à travers les