Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/348

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bien moins à railler, en homme du sanctuaire et en paysan, pour qui tout ce qui sort de sa terre devient un trésor. Autour de lui, on faisait des plaisanteries grossières. Voilà leur ancien dieu, et nul d’eux ne lui fait accueil. En reparaissant à la lumière, le dieu, qu’un fidèle jadis enterra, ne rencontre de sympathie que dans le cœur de Léopold. C’est qu’il retrouve dans ce grand vieillard quelqu’un de sa race. Ce dieu immobile, chez qui les deux types de l’humanité sont réunis, qui sommeille dans sa perfection, ne convient-il pas à celui qui a toujours vécu de sa propre substance, qui maintenant vieillit dans deux ou trois cavernes, je veux dire deux ou trois pensées immémoriales, et chez qui rien du dehors ne vient plus éveiller le désir ?

Léopold prit entre ses mains le petit corps de bronze, et il en éprouvait une chaleur secrète, une sorte d’enthousiasme. Il le tenait avec gravité et le faisait voir aux deux vieilles femmes.

À cette minute arrivèrent les Oblats. Les deux clergés ne se saluèrent pas. Après un rapide coup d’œil, le Père Supérieur, d’un ton qui n’admettait pas de réplique, ordonna de transporter « cette obscénité » au couvent.