Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/374

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ments, et comme elles ne viennent pas, lui et son petit peuple se démènent.

Cependant la violence du vent, augmentée sur le soir, ne laissait plus entendre le sermon. Des centaines d’auditeurs découragés se retiraient et allaient s’installer par groupes sur les pelouses pour s’y restaurer des provisions qu’ils avaient apportées. Le vieillard, lui, ne bougea pas. Il resta immobile sous la bourrasque, et il encourageait avec une frénésie intérieure la tempête, comme il eût applaudi une cabale céleste couvrant la voix d’un indigne comédien.

Ce vent qui disperse et éteint les paroles du prédicateur, qui domine et rabat l’enthousiasme de la foule, ces groupes lassés qui s’assoient et mangent pendant le discours sacré, toutes ces forces de nature insurgées contre cette apothéose du clergé, c’est une tragédie qui échappe au vulgaire, mais qui soulève Léopold : une fois de plus, dans cette tempête, il rejette la hiérarchie, il répudie l’ordre humain et se proclame le fils de l’Esprit qui souffle.

À quoi bon s’attarder plus longtemps au milieu de cette foule trahie par ses pasteurs ! Il ne sait à cette minute qui détester le plus de ces évêques mitrés ou de cette multitude