Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/394

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l’ombre s’arrêta de bouger et le vent de gémir : le vieillard se tut. Il se fit un profond silence et l’enfant lui-même retint sa respiration. Léopold s’avançait du côté de la fenêtre, de telle façon que le petit garçon ne pouvait plus le voir. Et brusquement un choc d’une violence inouïe bouleversa la pièce. Tout le vent qui soufflait autour de la maison, sur cette côte élevée, s’engouffra dans la cuisine avec un bruit sauvage. Il éteignit la lumière, sans parvenir à couvrir la voix de Léopold qui appelait les morts :

— Entre, Vintras ! Oh ! viens une fois encore.

Et l’enfant, persuadé qu’une troupe de démons échappés de l’enfer envahissait la cuisine, poussa un cri qui réveilla toute la maison, et tomba dans des convulsions, en même temps que le vieillard de plus en plus, divaguait :

— Vintras ! Voici ton heure ! Du sein de ta gloire, songe à Thérèse ! Elle s’est confondue parmi les pécheurs. Que nos anges la sauvent, qu’ils l’épargnent et qu’ils la transportent avec nous au-dessus des flots qui vont recouvrir la terre !