Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lesquelles vivaient, depuis toujours, leurs familles. Le monde et l’histoire leur étaient clairs. Ils savaient comment l’univers a commencé et comment il finira ; ils savaient aussi que leur double existence, temporelle et éternelle, allait être assurée dans les œuvres de l’Église. D’ailleurs, pour avoir la soutane, ils n’en gardaient pas moins, de corps et d’esprit, les mœurs de leurs camarades en blouse. Tout brillants de jeunesse, de santé physique et morale, ils demeuraient les frères de ces robustes garçons de ferme que l’on voit, le dimanche, devant l’église sur la place. Ils étaient la fleur du canton, trois bonnes fleurs campagnardes, sans étrangeté, sans grand parfum ni rareté, mettons trois fleurs de pomme de terre.

Quelles vacances charmantes on passait dans la vieille maison de Borville ! Comme ils étaient contents, le père et la mère Baillard, à l’arrivée de leurs abbés ! La table se couvrait de quiches, de tourtes à la viande, de tartes de mirabelles, de fruits de toute sorte et du bon vin récolté dans la vigne paternelle, sur le coteau de Vahé. Au dessert, les abbés, à l’émerveillement de leurs plus jeunes frères et sœurs, chantaient quelques couplets sur le bonheur des vacances ou