Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/49

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Lorrains qui seront le ferment de Dieu. C’est un conservatoire du vieil esprit austrasien qu’il veut créer sur la colline sainte, d’où partira une croisade continuelle pour la vraie science contre le rationalisme.

Rien n’arrête cet étonnant improvisateur, rien ne l’inquiète. Il n’admet pas que la plante lorraine ait pu dégénérer et devenir impropre à faire quelque chose de grand. Il ne lui vient pas à l’esprit d’examiner s’il reste dans nos campagnes beaucoup d’exemplaires du puissant type lorrain, large d’épaules, haut de stature, épanoui de visage et de propos, bizarre, audacieux, qui fournit à toutes les armées de l’Europe de si beaux hommes d’armes. Il va de l’avant, comme si l’esprit de cette terre était une essence d’une nature absolument indestructible et qui continuât toujours d’agir. C’est qu’il est animé, en vérité, ce fils de cultivateurs, par un mobile bien autrement vrai et puissant que la philosophie historique dont il parle le langage. Plus qu’un noble goût intellectuel, sa passion pour les lieux saints est une concupiscence paysanne de posséder la terre. Léopold, de toute bonne foi, prêche le sublime et veut transfigurer la nature, mais le positivisme villageois, sous les traits de