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LES MALLARMÉENS

intéressant. Les coulisses de l’Opéra sont plus artistes que tous les phalanstères rêvés par Fourier. La morale n’a rien à voir avec l’art pur qu’avec l’amour pur [1]… » Le Beau et le bon peuvent se rencontrer dans l’art. Ils n’en sont ni le principe ni la fin. L’art est libre, et il n’y a d’art que de ce qui passe. « Il est si naturel de dire : le monde des arts humains, depuis les premiers jours jusqu’aux nôtres, est aussi merveilleusement touffu et inextricable que la vie elle-même ; et votre idéal y est bien vite magnifiquement submergé. Un peu plus de pitié. L’art n’est point un devoir de rhétorique d’écolier, c’est toute la vie, comme l’amour est tous les amours, et il faut s’en remettre à l’Inconscient dont l’évolution va et se fiche des digues de nos classifications. Et, s’il nous est permis, à sa lumière, de hasarder quelques vues d’ensemble, il ne faut pas espérer de juger, de goûter les œuvres contemporaines et du passé que d’une façon infiniment éphémère, en créatures. Littérairement, avec des goûts d’historien, d’antiquaire, nous pouvons être amoureux sincèrement d’un type de femme du passé, Diane chasseresse, l’Antiope, la Joconde…, mais telle grisette de Paris, telle jeune fille de salon, telle tête de Burne Jones, telle parisienne de Nittis… nous fera seule sangloter, nous remuera jusqu’au tréfonds de nos entrailles, parce qu’elles sont les sœurs immédiates de notre éphémère et cela avec son allure d’aujourd’hui, sa coiffure, sa toilette, son regard moderne [2] ». Le véritable artiste s’incline pieusement devant l’inconscient, cela veut dire qu’il s’intéresse à tout, car l’inconscient souffle où il veut et comme il veut. Il faut le laisser faire et broder nos arts sur ses étapes [3]. Tout est donc sujet d’art, puisque tout phénomène de vie recèle en soi quelque chose de nouveau. Les civilisations équilibrées, les civilisations hypertrophiées, « le corps sans âme païen, l’âme sans corps

  1. Notes d’esthétique. Revue blanche, 1896, t. XI, p. 484.
  2. Notes d’esthétique, p. 488.
  3. Notes d’esthétique, p. 484.