Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/331

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J’avais le pouvoir pourtant de ne pas laisser s’en aller là-bas, pour toujours, cette silhouette que je vois encore au tournant du chemin, le dos voûté par les larmes, et qui emportait tous les restes de ma jeunesse… Ah ! l’adieu !… l’adieu !… toi, qui commences, si tu savais ce que c’est que l’adieu !… et quand je suis rentrée, tu dormais, toi, toi, la cause de tout… Il était tard, je me suis approchée de ton lit de jeune fille, ces lits que l’on fait tout blancs, avec des rideaux de tulle et de rubans… Je t’ai embrassée comme tous les jours… « Bonsoir, maman », vite tu t’es retournée… la tête sur l’oreiller… Et moi, moi… j’ai commencé, cette nuit-là, les plus effroyables insomnies qu’une femme puisse subir !… Oh ! je ne t’ai pas sacrifié grand’chose, en effet, ma petite… Non, simplement ça… ma vie, mon cœur… Est-ce que ça compte, hein ?… Pourtant, j’ai cru que j’en mourrais… Mais, il en a été de ce sacrifice comme du baiser que je t’ai donné ce soir-là. Le meilleur, le plus profond que des lèvres puissent donner… tu ne l’as pas senti… Voilà… voilà… et je te le redonnerais maintenant, même après t’avoir tout dit, que tu ne le sentirais pas encore !


HENRIETTE, (à la table, levant la tête dans un cri immense de détresse.)

Maman !


HONORINE.

Quoi ?


HENRIETTE.

Maman !


HONORINE, (effrayée de l’intensité de ce cri.)

Qu’as-tu ?


HENRIETTE.

Maman !