Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/385

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Faites attention, ne repoussez pas cette amitié qui se présente… cette affection tendre, particulière…


HONORINE.

Cherchez le mot ! Il ne vient pas tout seul !


JUSSIEUX.

Je présage que, de cette rencontre, nous pourrions faire sortir encore des moments heureux pour nous deux.


HONORINE.

Je l’ai cru, oui, je peux bien vous l’avouer, je l’ai cru ! Pendant trois jours, depuis que je savais vous rencontrer ici, je ne pensais qu’à cela, je faisais les projets les plus extravagants !… je tremblais, à cette idée, d’émotion, de crainte, d’espoir !… Ah ! vous venez de me rappeler à la réalité ! Quelle insanité si nous avions la folie de nous rapprocher sur des souvenirs. Mieux vaut tout, que cette vie qui m’attendrait, non… Ce qui est mort l’est bien pour toujours. Et si vous avez cru me revoir dans ma fille, c’est le premier émoi qui aurait indiqué tout simplement le passage d’un amour à un autre… Vous, vous continuez. Moi, je finis.


JUSSIEUX.

Allons donc ! Vous disiez le contraire tout à l’heure !… Vous affirmiez que le souvenir persiste et nous soutient… Vous me l’avez même prouvé par quelques paroles amicales.


HONORINE.

Et mieux encore quand je vous ai revu. Quelle chose étrange que l’imagination ! J’ai cru vous retrouver !… La vieillesse est moins cruelle pour les hommes que pour les femmes. Je vous ai vu