Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/116

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BOUGUET, (dans une attitude froide et hautaine.)

Qu’y a-t-il de particulier aujourd’hui ?


EDWIGE.

Il le demande ! Ce qu’il y a de particulier aujourd’hui ? Mais c’est votre fête, c’est la joie sur toute la maison, sur toute votre vie ! Tout l’amour monte vers vous, du passé, du présent, de la foule inconnue. Seul, un pauvre petit amour meurtri reste dans son coin et n’a même pas sa part de souvenir ! Aujourd’hui, je souffre d’une jalousie atroce. Jeanne est là, contre vous, à votre bras. C’est une sorte d’auréole et d’apothéose que vous partagez tous les deux. Tout à l’heure, je vous ai vu, je vous ai entendu lui donner un baiser, un baiser si profond, si grave, que j’en suis encore toute bouleversée !…


BOUGUET.

Ce sont là des sentiments que vous avez tort d’éprouver. Ils ne vous font pas honneur, Edwige.


EDWIGE.

Songez que vous n’avez même pas eu la délicatesse d’un souvenir aujourd’hui qui fût à moi… Si j’avais compris que, dans cette minute de plénitude, il y avait, pour l’ancienne amie, un regard pareil à ceux d’autrefois ! Mes engagements, ne les ai-je pas tous tenus ? Je ne vous approche plus jamais qu’avec des paroles de respect semblables à celles de tout le monde… mais vous, vous savez bien, au fond, que mon amour n’est pas mort ! Vous savez que la vie que je mène m’est insupportable ! Oui, oui, parfaitement, vous le devinez… Oh ! je ne cherche pas maintenant à la fuir, cette vie-là. Je l’ai acceptée, elle sera ce qu’elle sera ! Mais, au moins, qu’est-ce que je souhaitais comme récompense, une fois de