Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/168

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tourne vers Marthe.), avec nous, mon frère, — l’amer privilège de souffrir… Il n’en sera pas plus fier que moi, n est-ce pas, Marthe ?…


MAXIME.

Ah ! quelle race que la nôtre ! Comment a-t-elle pu produire, de père en fils, des générations de bel équilibre qui ont fait cette moitié de ville dans toute sa force industrielle… tant de santé, pour aboutir à cet infirme !


DANIEL, (se dressant, l’œil brillant.)

Pas tant d’injures !… Un peu plus d’égard, puisque tu reconnais que je suis issu de votre force !… C’est donc que ce qui restait de vitalité dans les veines de la famille s’est reporté en toi… Tu es mon frère puissant et beau, mais tu m’as pris ma part de santé, ma part de vie… (ne ris pas bêtement) oui, toi et les autres, ceux qui se sont légué de père en fils, comme tu dis, avec tant de recommandations, l’admirable soin de me créer !… Songez-y, si, gras et bruyant, les muscles calés, tu te promènes à l’air libre, songe, cher frère, que c’est un peu à mes frais !… Mais je n’ai pas à t’en vouloir. Cela répond sans doute à quelque obscure loi d’économie terrestre… Je ne t’en veux pas…


MAXIME, (dans un rire.)

Tu es bien aimable… vraiment !