Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/82

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Scapulaire, que ne m’as-tu

mordu la nuit, mordu le jour,

sous ma chemise ?

Tu m’aurais moins mordu que le remords et que l’espoir…

Ah ! je sais bien, je n’aurais jamais eu la joie

d’embrasser même le front, même

les cheveux, même la respiration de l’époux, —

mais j’aurais dormi près de son souffle.

Je n’aurais pas été de celles

qui vont dans leur village, belles,

avec du lait doux dans leur sein, —

mais j’aurais dormi près de son souffle…


J’ai aimé dix-huit innocents,

et je leur ai donné la lèpre à tous.

Mais le dernier, ah ! oui, le dernier

me brise le cœur.

Et maintenant j’ai peur de moi entière,

peur de mes lèvres, peur de mes mains…

D’une goutte de sang de ce petit doigt,

j’en tuerais cent, j’en tuerais mille…

Sonnez donc, sonneurs de la noce !

et sonnez fort, et sonnez vite !…

Quand vous serez partis,

nous resterons seuls, tous les deux.

Et je lui mettrai la main et la tête

sur mes genoux, —