Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/132

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ALONSO, (riant.)

Ne l’as-tu pas ambitionnée, cette gloire à forme populaire ?


DON JUAN.

Pas celle-là… pas cette déformation extravagante !… J’ai été un homme admirable… c’est entendu… mais pas celui-là ! Et puis, ce que je m’en moque, au fond, de la gloire, si je n’en touche pas les intérêts… Personne ne sait que c’est moi, Don Juan ! Je m’aperçois que la gloire anonyme, c’est un non-sens, une absurdité ! Non, vois-tu, je ne peux plus soutenir cette vie de podagre ! (Pépilla entre avec une bouteille et deux verres.) Belle fille, n’est-ce pas ?


ALONSO.

On voit qu’on est en Andalousie !


PÉPILLA, (clignant l’œil.)

Pour vous servir !


ALONSO, (lui prend la taille.)

Allons, malgré tout, à ta santé de bon vivant !…

(Ils choquent leurs verres et Pépilla se retire en riant.)

DON JUAN, (jetant son verre par terre.)

Alonso,… écoute-moi… Il faut que j’aille tirer les oreilles de ce pédant !… Il faut que le lion se réveille, je l’ai décidé ainsi… Je suis à bout !


ALONSO.

Je le savais par dieu bien que tu ne pourrais pas rester plus de quelques années dans la peau de ton bonhomme… C’était l’évidence !…


DON JUAN.

Impossible d’aller jusqu’au bout de ma chimère !