Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/26

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SONIA.

Mais c’est la coutume de s’aborder et de s’embrasser ainsi le jour de Pâques. On est fidèle ici aux coutumes.


NEKLUDOFF.

Oui, oui, je sais… À la ville, on oublie. Mais n’attachez pas d’importance à ce sourire, tante Sonia ! (Il marche dans la chambre.) Trois ans !… Rien n’est changé depuis trois ans… Vos deux chères têtes ne comptent pas un cheveu blanc de plus.


LAURA.

Mais c’est toi qui as changé !… Et te voir sous ce bel uniforme ! Je ne m’habitue pas à cela… N’est-ce pas, Matrena, qu’il est changé ? Il a des moustaches.


NEKLUDOFF.

« Il a des moustaches ! » c’est la phrase que j’entends le plus, depuis mon arrivée, avec « Christ est ressuscité ! » Pour un lieutenant de la garde, vous savez, c’est réglementaire ; la moustache, c’est l’ordonnance.


SONIA, qui inspecte le lit.

Tu n’auras pas froid, mon chéri, avec deux couvertures ?


LAURA.

Veux-tu une bassinoire, mon chéri ?