Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/150

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


agiter avec stupéfaction… Étiez-vous enfant à ce point ? — Enfant orgueilleuse aussi, qui vous troublez de vous-même et qui découvrez que tout amour porte en lui un berceau et un cercueil… Mais c’est notre histoire à tous celle que vous me contez là !… Tenez, il y a ici, dans cette maison, une femme que j’ai aimée, qui a cru m’aimer profondément… Personne ne le sait que nous. Et encore !… Eh bien, elle est là ce soir dans l’appartement… je sens sa présence comme celle d’un papillon de nuit autour des lampes, entré par les fenêtres, mais c’est tout. Nous sommes là calmes, indifférents, après avoir tant frémi de nous-mêmes… Et pourtant j’ai peut-être été pour elle le paradis dont vous me parliez l’autre jour… Elle a failli être le mien… C’est à peine si nous nous en souvenons… C’est cruel et beau… Il ne faut jamais regarder ses actions passées. Ah ! cette Bible de jeune fille, avec ses images, dont vous me parliez l’autre jour… Le paradis terrestre, l’homme et la femme, disiez-vous, la maison bâtie à jamais… l’ombre du même être portée sur toute notre vie… Ah ! vous verrez, on s’étonne toujours avec le même étonnement de s’être dit : « Cette fois, c’est cela ». Parce que l’on a changé de paradis, on se retourne en disant : « Quoi, ce n’était que cela ! » Et depuis que le monde est monde, pauvre petite fille que vous êtes, il en est ainsi et l’homme ne fait que pleurer ses paradis perdus.


GRÂCE.

L’homme peut en prendre son parti, soit…