Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/151

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(Elle interroge le tapis, les yeux grands ouverts, avec une anxiété pensive et solitaire. Elle n’a plus lair déjà de penser au prince, à rien de ce qui est là.)

LE PRINCE.

Ah ! c’est qu’en effet la société est admirablement organisée pour les forts !… Vous êtes tombée un beau jour dans le rouage social qu’on appelle le mariage… mais savez-vous que le mariage c’est une arme de précision, un fusil Lebel admirablement outillé !… Seulement le tout est de savoir s’en servir… Il ne faut pas appuyer sur la gâchette sans connaître l’instrument à fond. Réfléchissez… retournez l’arme, apprenez… Vous verrez qu’elle peut vous servir admirablement, et que vous devez sortir de là, avec, en main, des atouts sérieux de bonheur et de sécurité… Je n’ai pas à vous indiquer lesquels ; c’est à vous d’imposer les conditions d’un traité d’où votre vie sortira garantie… Regardez-moi… Telle que je vous devine, vous vous dites, peut-être, si vous en avez le toupet, car il faut avoir un rude toupet pour oser penser cela de moi : « Voilà un certain saligaud !… » Non pas !… J’ai regardé mon époque et la société que j’ai traversée avec mépris… Je n’avais pas, hélas ! les moyens de faire autrement… Ce qui me restait — ruiné à l’âge où il faut savoir être riche — ce qui me restait, c’est-à-dire, mon nom, je m’en suis servi dans toute l’étendue où la loi me le permettait… J’ai voulu avoir une fin bien propre, un joli tournebride de la mort, pour épargner à mes ancêtres la honte de la dégradation physique de leur fils… la fin en garni… le corbillard des pauvres… Pouah !… Maintenant, quoi