Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/192

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LOLETTE.

Je voudrais être plus haute… Je ne respire pas encore très bien.


LA PRINCESSE, (l’arrangeant en lui croisant la chemise sur la poitrine.)

Vous n’avez pas froid, la chemise ouverte ainsi ?


LOLETTE.

Non. (Elle entr’ouvre sa chemise sur sa gorge.) Tenez, vous voyez… c’est là… Regardez, la balle est entrée… dans ce sens… Il paraît que deux centimètres plus loin ça y était. Le cœur, c’est là… Alors là, c’est ce que je me suis fait… À côté, c’est ce que vous m’avez fait.


LA PRINCESSE.

Eh bien, vous voyez qu’une blessure a déjà pu se cicatriser… L’autre suivra… Nous allons tâcher, n’est-ce pas ?… Nous allons faire de notre mieux. Restez sa femme, et quant à moi, donnez-moi le temps d’oublier, de résister… à moi-même… à la vie… Me comprenez-vous ?


LOLETTE, (lui retenant la main au passage.)

Vous avez de jolies mains, très fines… Dire que je puis les toucher, maintenant, sans frisson ! Elles ne me font plus mal… elles que j’aurais voulu écraser, broyer !… Je n’éprouve rien… Faut-il tout de même !…


LA PRINCESSE.

C’est que vous sentez bien que vous n’avez plus à me redouter de la même façon… Nous sommes des ennemis devant un projet de traité de paix…