Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/256

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CHARLOTTE.

Assez… assez… je sais bien… on m’a parlé de ton oncle, le baron Popesco, rue de La Boétie, je sais que tu es d’une très bonne famille. Dieu, que tu es drôle de te défendre comme ça ! Ce n’est pas ce que je voulais dire… Je te connais de réputation… Oui, mais, moralement, voilà, c’est l’inconnu ! Pourtant, tu as l’air doux, tu as l’air bon, tu ne me voudrais pas de mal, n’est-ce pas ?


ARTANEZZO.

Mais, ma mignonne, tu ne sais pas à quel point je t’aime, à quel point tu es arrivée juste au moment où il fallait dans ma vie. J’éprouve pour toi quelque chose que je n’ai jamais éprouvé.


CHARLOTTE.

C’est vrai, ce mensonge-là ? Comme c’est curieux que tu t’appelles Charles et moi Charlotte. C’était une prédestination, pas ?


ARTANEZZO.

Hé oui… Carle-Carlotta !…


CHARLOTTE, (avec une véhémence subite.)

Vingt ans, tu entends…


ARTANEZZO.

Quoi ?


CHARLOTTE.

Vingt ans de cour assidue n’auraient pas suffi à un homme pour me faire sortir de mon devoir ; et,