Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/205

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LUI.


Un sentiment d’aurore…


ELLE.


Un sentiment d’aurore…L’avenir.


LUI.


Un sentiment d’aurore… L’avenir.Le jour…


ELLE.


Oh ! votre tête, là !… Taisons-nous… Taisons-nous…
Pensons.

(Ils regardent la fenêtre entr’ouverte sur le jardin. De dos à eux, la présence immatérielle de l’Ombre s’est précisée. Elle ressemble au loin entre les pans flottants des grands rideaux à une jeune femme. C’est le Souvenir qui s’éveille dans le soir. Il appelle lointainement un nom.)

L’OMBRE.


Pensons.Henri ! Henri !
Pensons. Henri ! Henri ! C’est moi… c’est moi toujours.
Hé quoi, tu voulais donc me laisser à la porte !…
Je suis le souvenir qui passe à travers tout.
Je suis le souvenir profond que te rapporte
le flux et le reflux de l’ombre où se dénouent
les âmes. Je renais. Le soir serait-il doux
sans moi ? Pense. Respire au fond de cette chambre
mon haleine, ma luminosité, cher ange !
Je suis l’obsession qui retentit dans l’ombre,
je suis le vieux parfum, je suis la vieille image,
le dessin immortel qu’ont tracé dans l’espace
sa forme, son amour, nos baisers, notre place.
Je devais être ici, méchant ! Je suis venue.
Ne te retourne pas. Personne autre que toi
ne peut me voir… Commence. Adore mon front nu
et mes mains pâles. Seul, tu m’entends, tu me vois,
mais tu ne pouvais pas me chasser de toi-même.
Il fallait bien que je sois là, puisque tu aimes !