Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/121

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mon esprit ardent et mon corps chaste… Je vous attendais, je vous l’ai dit, comme j’attendais, pour mes œuvres, le génie qui allait me tomber du ciel ! Le mot : amour que vous m’avez fait prononcer pour la première fois, pour la première fois est comme le mot : génie… Une fois dit… et cela a été long par exemple… j’y ai cru dur comme fer et je l’ai employé tous les jours à propos de vous. Eh bien, ces deux couronnes de noces, l’art et l’amour, je les ai brisées aujourd’hui même. Je ne sculpterai plus jamais !

(Elle découvre la selle vide.)

LE PRINCE.

Allons donc !… Quelle blague ! Alors quoi ?… Pas de sculpture, pas de mariage ?… Que comptez-vous faire alors ?…


THYRA.

Autre chose…

(Un temps.)

LE PRINCE.

Ah ! c’est ainsi… autre chose… Ah ! parfaitement… Si vous projetez de tout quitter, art et mariage… c’est que vous êtes enchaînée quelque part !… Il y a dix minutes que le mot me brûle les lèvres. Vous ne pouvez pas m’épouser, dites-vous, répétez-le… encore ? Vous ne pouvez pas ?


THYRA.

Je ne le peux pas.


LE PRINCE.

Alors c’est que ce qu’on m’avait dit est justifié !… C’est que vous avez un amant !… Si, si… C’est cela !… On vous accuse. Je ne voulais pas le croire