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Scène V


THYRA, LA PRINCESSE ÉLÉONORE


LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Mon enfant, depuis que je vous revois, métamorphosée, vous êtes un mystère pour moi ! Ce renoncement à l’art et maintenant cette littérature fiévreuse… vos rires… votre voix triste au milieu de tant de joies apparentes ? Dites-moi votre secret, mon enfant ?… Vous souffrez d’une immense désillusion, n’est-ce pas ? Vous vous dites que si cet homme vous aimait, il vous eût donné son nom ? Dites-moi votre secret.


THYRA.

Mon mystère tient en trois mots, et je veux bien vous le confier, mais à vous seule et à voix basse à l’oreille. Je n’en ai pas parlé depuis plus d’une année, alors, j’aurais peur que le ciel m’entendit !

(Elle se penche à l’oreille de la princesse et lui parle à voix basse. La princesse a un mouvement de stupéfaction douloureuse ; elle prend lentement la tête de Thyra et l’emhrasse sur le front.)

LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Ma pauvre enfant !


THYRA.

Du reste ne me plaignez pas. Altesse !… Je suis encore à un âge où l’on trouve de l’ivresse, même à mourir !…


LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Mais il faut vous soigner… Il faut… arrêter le cours du mal… il…


THYRA.

Peuh !… Un vésicatoire, c’est une tache pour