Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/26

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lupanar, etc… (selon le besoin et l’espace, on peut continuer sur ce ton depuis six lignes jusqu’à cinquante et au delà) ; le théâtre est devenu l’école de prostitution où l’on n’ose se hasarder qu’en tremblant avec une femme qu’on respecte. Vous venez sur la foi d’un nom illustre et vous êtes obligé de vous retirer au troisième acte, etc… » (il y en a un qui a poussé la moralité jusqu’à dire : je n’irai pas voir ce drame avec ma maîtresse. Celui-là, je l’admire et je l’aime ; je le porte en mon cœur comme Louis XVIII portait toute la France dans le sien). « Il faut, dans toute œuvre, une idée, une idée… là, une idée morale et religieuse qui… une vue haute et profonde répondant aux besoins de l’humanité ; il est déplorable que de jeunes écrivains sacrifient aux succès des choses saintes, et usent un talent estimable, d’ailleurs, à des peintures lubriques, etc… »

Et de fait, à côté de ces Bossuets de café, de ces Catons à tant la ligne, je me trouve le plus épouvantable scélérat qui ait jamais souillé la face de la terre.

Mais quand je pense que j’ai rencontré sous la table, ou même ailleurs, un assez grand nombre de ces dragons de vertu, je reviens à une meilleure opinion de moi-même et j’estime qu’avec tous les défauts que je puis avoir, ils en ont un autre qui est bien à mes yeux le pire de tous : c’est l’hypocrisie que je veux dire.

En cherchant bien on trouverait peut-être un autre petit vice à ajouter ; mais celui-là est tellement hideux, qu’en vérité, je n’ose presque pas le nommer. Approchez-vous et je m’en vais vous couler son nom à l’oreille : — c’est l’envie.

L’envie et pas autre chose.

C’est elle qui s’en va rampant et serpentant à