Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/279

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mure de vos voix… Adieu… J’ai écrit mes dernières dispositions là-haut… Je désirerais qu’on brûlât mon corps qui s’est consumé déjà à toutes les lumières de la vie. Je ne connais pas les lois françaises… mais, si l’on pouvait disperser ensuite mes cendres sur ce beau rocher de Sicile… Ce sont, malheureusement des gestes qu’on ne fait plus aujourd’hui… Maintenant, mes amis, causez, parlez… il me semble que je vous entendrai encore… N’avertissez pas les domestiques, personne… Si vous en donnez l’ordre, on ne vous dérangera pas… Ne réveillez pas ma mère jusqu’à demain matin… Alors frappez à sa porte… La mère douloureuse comprendra, et pardonnera à celle qui lui avait promis de mourir dans ses bras… Je vous la confie, n’est-ce pas ? Je l’aimais beaucoup… Elle sera si seule… Et puis, c’est tout… Prenez, maintenant ces roses que j’avais placées moi-même sur la table et mettez-les-moi sous la nuque… Coupez ma chevelure, que vous vous partagerez…

(Ils pleurent.)

LEPAGE.

Ah ! elle est là tout entière !… Elle avait tout préparé… jusqu’à sa dernière heure… Je la savais perdue, moi… Nous ferons ce qu’elle a dit, n’est-ce pas ?… Nous allons la veiller… intimement… tous…

(Au moment où ils vont soulever le corps, on entend dans la maison une musique endiablée de tambourins, des rires.)

CORNEAU.

Qu’est-ce que c’est ?


ARTACHEFF, (à la galerie, entrouvre le rideau.)

L’entrée des masques dont elle nous avait parlé !

(Un moment d’effroi. Tous parlent à la fois.)