Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/192

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



BOUGUET.

Non, les minutes sont comptées… J’en suis avare.

(Elle se lève simplement, va à la cheminée et sonne.)

MADAME BOUGUET.

Après tout !… (Elle s’approche du bureau et écrit un mot dans le silence. Le domestique entre.) Portez ceci à Madame Blondel et introduisez-la ici directement.

(Il sort.)

BOUGUET.

Tu vas entendre les quelques mots que je dirai.


MADAME BOUGUET, (avec dignité.)

Non, Laurent, je ne les entendrai pas… Je m’en veux du sentiment inférieur qui m’agitait à l’instant… Je ne doute pas de toi… Ce que tu feras sera bien fait, ce que tu diras sera bien dit. Je n’ai même pas voulu connaître ce qu’avait été au juste cette femme dans ton existence, quelle part tu lui en avais donnée… Je la crois infime, mais, quand je me tromperais, je te répète que je m’inclinerais encore devant ta volonté sûrement loyale… Je vais aller rejoindre Pravielle, à côté. Je lui dirai que tu te reposes quelques instants et que tu souhaites ces minutes de sommeil avant de procéder à l’examen radiographique. Lorsque tu désireras m’appeler, tu n’auras qu’à frapper sur ce timbre. (Elle place une petite table près de lui.) Je reviendrai, et tu me retrouveras alors comme je serai sortie, sans curiosité, sans appréhension, et avec toute la déférence de l’amour. À tout à l’heure, mon chéri… (Elle se penche vers lui.) Tu ne souffres pas trop ? Ça ne